
En tonnage, la production d'aluminium ne représente que 2 % environ de celle des aciers. Cependant, ce métal et ses alliages arrive en seconde position pour l'utilisation des matériaux métalliques. L'aluminium doit cette place à un ensemble de propriétés qui en font un matériau remarquable.
La masse volumique de l'aluminium est de 2700 kg/m3. L'utilisation de l'aluminium s'impose donc dans les domaines de la construction aéronautique et du transport.
Grâce à la couche d'oxyde qui se forme en surface, les alliages d'aluminium résistent à la corrosion. On peut rendre cette couche protectrice d'oxyde plus épaisse par anodisation. L'aluminium et ses alliages peuvent alors être utilisés sans protection supplémentaire comme revêtements extérieurs de bâtiments. Par contre, dans les milieux corrosifs, les alliages d'aluminium peuvent subir les effets de la corrosion. Des piqûres, de la corrosion sous contrainte, de la fatigue corrosion, voire de la corrosion généralisée peuvent se développer. Pour des conditions données, la sévérité de l'attaque dépend de l'alliage utilisé et de son état.
La conductibilité électrique de l'aluminium commercialement pur atteint 62 % de celle du cuivre. Par ailleurs, la masse volumique du cuivre est plus élevée que celle de l'aluminium. Un conducteur en aluminium, dont la masse est inférieure à celle d'un conducteur en cuivre, s'échauffe moins.
L'aluminium commercialement pur possède, à l'état recuit, des propriétés mécaniques faibles. On peut toutefois améliorer considérablement ces propriétés par écrouissage, addition d'éléments d'alliage ou traitements thermiques, selon les cas. L'aluminium et ses alliages ont une structure cristalline cubique à faces centrées. Ils font donc preuve, à l'état recuit, d'une excellente ductilité à toute température.
L'aluminium a une température de fusion relativement basse, d'environ 660° . II en résulte une facilité de fusion qui présente un avantage certain pour les opérations de fonderie. L'aluminium est très ductile, on peut aisément le mettre en forme à l’état solide, par déformation plastique.
Les alliages peuvent être mis en forme selon deux techniques.
| Mise en forme par corroyage. Elle concerne les demi-produits et les produits finis. On travaille par déformation à chaud des lingots, des billettes ou des brames de coulée continue. | |
| Mise en forme par fonderie. |
Pour les alliages corroyés, une distinction est faîte entre les alliages non trempants et les alliages trempants, cf. Tableau 1.
|
Catégorie d’alliages |
Méthodes d’amélioration des propriétés mécaniques |
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non trempants |
addition d'éléments en solution solide,
présence de secondes phases dispersées, écrouissage |
|
trempants |
durcissement structural |
Tableau 1 : les méthodes d’amélioration des propriétés mécaniques.
La principale méthode de durcissement par traitement thermique est donc le durcissement structural. La méthode par traitement mécanique est l’écrouissage.
On peut obtenir des alliages d'aluminium en divers
états: recuits, écrouis ou trempés et vieillis. On désigne le plus
souvent ces différents états par des symboles, cf Tableau
2. Ces désignations s'appliquent aussi bien aux alliages corroyés
qu'aux alliages de fonderie.
|
Symbole |
ETAT DE BASE |
|
F |
Brut de fabrication |
|
O |
Recuit |
|
H |
Ecroui |
|
T |
Traité thermiquement |
|
W |
Trempé et non stabilisé |
Tableau 2 : normalisation des états métallurgiques
Les états F et O n’ont pas de subdivisions, au contraire des états H et T.
Subdivisions de l’état H : elles sont
décrites par au moins deux chiffres. Le 1er indique le
traitement post-écrouissage, le second l’état de dureté de l’alliage,
cf Tableau 3.
|
1er chiffre |
|
1 : Ecrouissage, autre traitement supplémentaire non indiqué |
|
2 : écrouissage puis restauration |
|
3 : écrouissage puis stabilisation |
|
2ème chiffre |
|
Hx2 : état quart-dur |
|
Hx4 : état demi-dur |
|
Hx6 : état trois-quarts dur |
|
Hx8 : état dur |
|
Hx9 : extra-dur |
Tableau 3 : subdivisions de l’état écroui
Nous désignerons les alliages d'aluminium
corroyés suivant les normes de l'Aluminium Association des Etats-Unis .
Ces normes affectent à chaque type d'alliage un nombre de quatre
chiffres qui permet de les classer en séries. Nous traiterons des
alliages non trempants des séries 1000, 3000 et 5000 . Ensuite, les
alliages à durcissement structural des séries 2000, 6000 et 7000
seront vus , cf Tableau
4. Les alliages de la série 4000 sont peu utilisés , nous les
négligerons .
|
Groupe |
Aluminium ou alliage |
|
1 |
Aluminium pur ( teneur en aluminium supérieure à 99,00 % |
|
2 |
Alliages Aluminium – Cuivre |
|
3 |
Alliages Aluminium – Manganèse |
|
4 |
Alliages Aluminium – Silicium |
|
5 |
Alliages Aluminium – Magnésium |
|
6 |
Alliages Aluminium – Magnésium – Silicium |
|
7 |
Alliages Aluminium – Zinc |
|
8 |
Autres alliages d’aluminium |
Tableau 4 : le classement en séries de l’Aluminium Association
Les alliages de cette série sont essentiellement
des aluminiums dont la pureté commerciale est d’au moins 99% Al. A
l’état recuit, leurs propriétés mécaniques sont faibles, mais on
peut les améliorer par écrouissage.
Ils se prêtent facilement à la mise en forme par déformation
plastique à froid, notamment l’emboutissage et la chaudronnerie.
Ils font preuve d'une excellente tenue en atmosphère humide et
marine. Cette qualité est utilisée, par exemple, après placage par
laminage, pour protéger des alliages d'aluminium sensibles à la
corrosion.
Grâce à la grande conductibilité électrique de certains alliages
de cette série, on peut utiliser ceux-ci
comme conducteurs électriques. Ces alliages sont également
recherchés pour leur conductibilité thermique élevée. Cette
propriété est utilisée pour les tubes d'évaporateurs et de
radiateurs. Ils ont aussi
une excellente tenue aux très basses températures. Cette propriété
est utilisée dans l’industrie cryogénique.
La solubilité maximale du manganèse dans l'aluminium diminue rapidement avec la température, cf Figure 1 . Elle est de 1,8% à 659°C.Le manganèse se combine à l'aluminium pour former un composé intermétallique: Al6Mn. Le durcissement de l’aluminium par des additions de manganèse est dû au composé Al6Mn . Ce précipité est dispersé dans la matrice. Les teneurs en Mn sont maintenues inférieures à 1,5 %.
On constate également une augmentation de la température de reristallisation de l’alliage.
Figure 1 : la partie gauche du diagramme d’équilibre Al-Mn
L'addition de magnésium à des teneurs inférieures à 1,2 %
entraîne un durcissement secondaire par solution solide.
Les alliages Al-Mn se prêtent aisément à la mise en forme. On
produit des tôles, barres, fils, profilés, tubes, etc.. Par
ailleurs, ils résistent bien à la corrosion atmosphérique et sont
facilement soudables. Ils remplacent l’aluminium non allié de la
série 1000 chaque fois qu'on recherche une amélioration des
propriétés mécaniques.

Figure 2 : le diagramme d’équilibre Al-Mg
Les alliages de cette série ne sont pas sujets au durcissement
structural. Pour les alliages écrouis, un séjour prolongé à la
température ambiante ou plus élevée, provoque une précipitation.
Mg2Al3
se forme aux joints de grains. Ceci peut entraîner des conséquences
néfastes sur la résistance à la corrosion. Il y a, en effet, une
possibilité de corrosion intergranulaire ou de corrosion sous
tension. Pour pallier cette tendance, on soumet ces alliages, après
écrouissage, à un recuit de stabilisation.
Les utilisations des alliages de la série 5000 découlent de leurs
principales caractéristiques, cf Tableau
5.
|
Caractéristique |
Valeur |
|
Résistance mécanique |
Moyenne. On peut l’améliorer par écrouissage, aux dépens toutefois de leur ductilité |
|
Aptitude à la transformation |
Grande aptitude aux transformations à chaud (filage, forgeage) et à froid, à l'état O (emboutissage, filage, cintrage, etc.) |
|
Soudabilité |
Excellente |
|
Résistance à la corrosion |
Très bonne. On peut encore l’améliorer par anodisation |
|
Etats de surface |
Bonne après polissage et anodisation. Dans ce cas, il faut maintenir leurs teneurs en fer et en silicium à des valeurs minimales |
Tableau 5 : les caractéristiques de la série 5000
Les
teneurs en cuivre des alliages de cette série sont comprises entre
2,6 et 6,3 %. Les teneurs en magnésium varient de 0,5 à 1,5 %. Le
durcissement structural de ces alliages est dû à la précipitation
de composés transitoires d'Al2Cu
et CuMgAl2
. Ces phases leur confèrent d'excellentes propriétés mécaniques
. L'addition de silicium et de manganèse, favorise la formation de
composés quaternaires . Par dispersion, ces derniers
améliorent les propriétés de la matrice.
Par contre, la présence de fer est souvent nuisible. La formation
de Cu2FeAl7
,contenant le fer, diminue la quantité de cuivre nécessaire au
durcissement structural. Cependant, si, en plus du fer, on ajoute du
nickel, il y a formation du composé Al9FeNi,
qui confère à l'alliage une bonne tenue mécanique jusqu'à
230°C.
D’autre part, les alliages de la série 2000 font preuve d'une résistance médiocre à la corrosion. A l’état trempé et vieilli, la présence de précipités cathodiques crée une pile par rapport à la matrice. Par ailleurs, ces alliages sont difficilement soudables ; en effet, puisque les zones adjacentes aux cordons de soudure subissent un recuit lors du cycle thermique imposé par le soudage, leurs propriétés mécaniques s'en trouvent considérablement affaiblies.
Le
durcissement structural des alliages d'aluminium de la série 6000
est dû à la formation du composé Mg2Si
. Quand le magnésium et le silicium se combinent en Mg2Si
le rapport massique Mg/Si est égal à 1,73. Pour la plupart de ces
alliages, ce rapport est respecté . On rencontre parfois un excès
de silicium qui améliore les propriétés mécaniques. Ceci se fait
au détriment de la
résistance à la corrosion. Certains alliages comportent en outre
des additions de manganèse ( < 0,8 %) et de chrome ( < 0,3 %)
. Ces éléments ont pour effet d'augmenter leur résistance
mécanique et leur ténacité, et d'affiner la taille des grains.
L'addition de cuivre améliore également les propriétés
mécaniques de ces alliages, mais on limite sa teneur à 0,5 % . Il
diminue leur résistance à la corrosion.
Ces alliages possèdent des propriétés
mécaniques moyennes par rapport aux autres alliages d'aluminium à
durcissement structural . Par contre ,
ils ont une excellente aptitude à la mise en forme à chaud
. Les techniques de production sont le filage, le forgeage etc. Une
bonne soudabilité est également rencontrée . Par ailleurs, leur
comportement aux basses températures est
acceptable, mais leur résistance à chaud est limitée à
150°C. Ils font preuve
d'une excellente résistance à la corrosion atmosphérique, tout en
étant insensibles à la corrosion sous tension.
De
tous les alliages d'aluminium, ceux de la série 7000 présentent,
après traitements thermiques, les propriétés mécaniques les
meilleures. Leur teneur en zinc varie de 4 à 8 % et celle en
magnésium de 1 à 3 %. Leur durcissement structural est dû
principalement à la précipitation de formes transitoires (zones
GP) du composé MgZn2.
L'addition de cuivre, jusqu'à des teneurs de 2 %, durcit ces
alliages par solution solide et par précipitation. Par ailleurs, la
présence de cuivre dans les zones GP augmente leur stabilité à
chaud. Le cuivre diminue toutefois la trempabilité, la soudabilité
et la ténacité des alliages Al/Zn/Mg. Le chrome (< 0,3 %)
améliore leur résistance à la corrosion sous tension.
Outre leurs propriétés mécaniques remarquables, les alliages de la série 7000 se prêtent facilement aux traitements thermiques. Cette qualité est due à leur grand intervalle de température de mise en solution, leur bonne trempabilité. Leurs températures de vieillissement sont relativement basses : de la température ambiante à 160°C. Grâce à cet ensemble de propriétés, les caractéristiques des joints soudés peuvent rester voisines de celles du métal de base. La soudabilité de ces alliages, favorisée par la présence de zirconium, reste moyenne.
Le principal inconvénient des alliages de cette série est leur faible résistance à chaud, dès que la température de service dépasse 120°C.
Les qualités qu'on recherche pour un alliage de fonderie sont différentes de celles d'un alliage corroyé. Les zones à usiner exceptées, les pièces de fonderie ont leur forme définitive après démoulage. Par ailleurs, elles ne subissent aucune déformation plastique. Les propriétés de ces alliages découlent des opérations de fonderie, cf Tableau 6.
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Qualités |
Observations |
|
Coulabilité |
Aptitude du métal liquide à bien remplir l’empreinte |
|
Absence de formation de criques |
Fissuration à chaud causée par le retrait du métal |
|
Bonne répartition de la porosité |
Due au retrait qui accompagne la solidification |
|
Températures de fusion relativement basses |
Permettent d'employer des moules métalliques réutilisables (des coquilles) dans lesquels on coule le métal soit par gravité, soit sous pression |
Tableau 6 : les qualités des alliages de fonderie
Dans de nombreux cas, on peut également
effectuer la coulée dans des moules en sable ou en matériau
réfractaire. On comprend que les microstructures dépendent de la
vitesse de solidification. Ces microstructures influent les
propriétés mécaniques. Ce temps de solidification est fonction
du type de moule utilisé. Dans les moules métalliques, la
solidification se produit beaucoup plus rapidement que dans les
moules en sable. Il en résulte une structure plus fine (distance
interdendritique, taille des composés intermétalliques) qui
entraîne une amélioration des propriétés.
Les alliages d'aluminium de fonderie ont en général des teneurs
plus fortes en éléments d'alliages. Ceci permet, d'obtenir une
proportion non négligeable d'eutectique. D'autres buts de ces
teneurs fortes sont d'abaisser le point de fusion et diminuer l’intervalle
de solidification.
Cette normalisation selon les normes de l’Aluminium Association est donnée, cf Tableau 7. Dans ce système, les alliages d’aluminium de fonderie sont groupés par leurs éléments principaux d’addition. On utilise un nombre à quatre chiffres avec un point séparant les deux derniers.
|
CODE |
ELEMENT (S) D’ADDITION |
|
1xx.x |
Moins de 1% (aluminium à 99,00% ou plus) |
|
2xx.x |
Cuivre |
|
3xx.x |
Silicium, avec un ajout de Cuivre et/ou de Magnésium |
|
4xx.x |
Silicium |
|
5xx.x |
Magnésium |
|
7xx.x |
Zinc |
|
8xx.x |
Etain |
|
9xx.x |
Autres éléments |
|
6xx.x |
Série non utilisée |
Tableau 7 : les séries d’alliage de fonderie selon l’Aluminium Association
La fonderie utilise rarement les alliages qui contiennent uniquement du cuivre, à cause de leur mauvaise coulabilité. Cette propriété peut toutefois être améliorée par l'addition de silicium. On peut néanmoins obtenir de bonnes propriétés à chaud en effectuant des additions de nickel et de magnésium.
Les alliages Al/Si sont les plus utilisés. Leurs teneurs en Si varient de 5 à 20 %. La très grande majorité de ces alliages présentent une composition eutectique ou hypoeutectique. La composition de l'eutectique est de 12,7 % de silicium, cf Figure 3.

Figure 3 : le diagramme d’équilibre Al-Si
Les alliages de ces séries font preuve d'une très bonne
coulabilité et résistent bien à la corrosion. Le silicium
présent dans le constituant eutectique a normalement une
morphologie aciculaire. Cependant, une addition de sodium ou de
strontium permet de modifier cette morphologie. Le silicium
devient alors fibreux.
L'addition de magnésium (de 0,3 à 1 %) aux alliages Al/Si
permet d'améliorer considérablement leurs propriétés
mécaniques. Les alliages Al/Si/Mg sont en effet durcissables
par précipitation contrôlée du composé Mg2Si
et de ses formes transitoires.
L'addition de cuivre (de 3 à 5 %) améliore les propriétés mécaniques des alliages Al/Si. Dans ce cas, l'addition de magnésium améliore leur réponse aux traitements thermiques. Les alliages Al/Si/Cu eutectiques ont une bonne tenue à chaud et un faible coefficient de dilatation. On les utilise en particulier pour la fabrication de pistons ou de culasses, dans les moteurs à combustion interne.
L'excellente résistance à la corrosion en atmosphère marine est le critère de choix de cette série. La résistance à l’eau de mer est également très bonne. Par contre, leur coulabilité est médiocre.
Ces alliages sont difficiles à couler. Leur faible coulabilité et leur tendance au criquage et à la porosité en sont les causes. Par contre, ils sont autotrempants et vieillissent naturellement à la température ambiante. Leurs propriétés deviennent ainsi maximales après environ un ou deux mois. La vitesse de refroidissement affecte peu leurs propriétés mécaniques. Par conséquent, celles-ci ne varient pas en fonction de l’épaisseur des pièces coulées.
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